Publié par fara

 

 

 

Bibliquement bantu

Stolen Legacy: Traditions bantoues dans la Bible

Se raser --"la boule à zéro"-- en signe de deuil

Je me souviens d'un très vieux numéro de Paris Match avec un reportage sur la mort du héros de l'indépendance du Congo belge Patrice Lumumba. On y voyait la veuve éplorée de Lumumba, assise par terre, un simple pagne autour du corps, portant de toute évidence "le sac et la cendre"...

" Fille de mon peuple, couvre-toi d’un sac et roule-toi dans la cendre, Prends le deuil comme pour un fils unique, Verse des larmes, des larmes amères! (Jérémie 6:26)."

Elle avait la tête complètement rasée en signe de deuil. La majorité des lecteurs de la Bible ignorent qu'il s'agit là d'une tradition biblique comme il ressort du passage suivant tiré du livre de Job...

" Un jour que les fils et les filles de Job mangeaient et buvaient du vin dans la maison de leur frère aîné, il arriva auprès de Job un messager qui dit: les bœufs labouraient et les ânesses paissaient à côté d’eux; des Sabéens se sont jetés dessus, les ont enlevés, et ont passé les serviteurs au fil de l’épée. Et je me suis échappé moi seul, pour t’en apporter la nouvelle. Il parlait encore, lorsqu’un autre vint et dit: Le feu de Dieu est tombé du ciel, a embrasé les brebis et les serviteurs, et les a consumés. Et je me suis échappé moi seul, pour t’en apporter la nouvelle. Il parlait encore, lorsqu’un autre vint et dit: des Chaldéens, formés en trois bandes, se sont jetés sur les chameaux, les ont enlevés, et ont passé les serviteurs au fil de l’épée. Et je me suis échappé moi seul, pour t’en apporter la nouvelle. Il parlait encore, lorsqu’un autre vint et dit: tes fils et tes filles mangeaient et buvaient du vin dans la maison de leur frère aîné; et voici, un grand vent est venu de l’autre côté du désert, et a frappé contre les quatre coins de la maison; elle s’est écroulée sur les jeunes gens, et ils sont morts. Et je me suis échappé moi seul, pour t’en apporter la nouvelle.

Alors Job se leva, déchira son manteau, et se rasa la tête; puis, se jetant par terre, il se prosterna..." (Job 1:13-20).


Se raser la tête en signe de deuil est une tradition bantu http://www.tetue.net/spip.php?article86 et biblique qui, de nos jours, a tendance à disparaître surtout dans les villes. Demeurent encore des "poches de résistance", mais au "bled", dans les campagnes, parmi les traditionalistes et les ruraux...

Curieusement en Israël, aucune trace whatsoever --comme disent les anglophones-- de cette tradition pourtant biblique...

Se frapper la cuisse en signe d'angoisse, de repentir, de deuil

 "Après m’être détourné, j’éprouve du repentir; et après avoir reconnu mes fautes, je frappe sur ma cuisse; Je suis honteux et confus, car je porte l’opprobre de ma jeunesse " (Jérémie 31:9).

"Crie et gémis, fils de l’homme! Car elle est tirée contre mon peuple, Contre tous les princes d’Israël; Ils sont livrés à l’épée avec mon peuple. Frappe donc sur ta cuisse! (Ézéchiel 21:12).

Avec le tchip --tioziona en KKG--, le fait d'exprimer son énervement, une colère qui monte, son mépris envers quelqu'un par un bruit chuintant émis par une forte aspiration de l'air mouillé au préalable par une dose savamment mesurée de salive entre les dents, se frapper la cuisse en signe d'angoisse, de tourment, de stress, d'émotion intense, d'alarme ou de désespoir est typiquement bantu, pour ne pas dire négro-africain.

Qui n'a pas vu sa mère ou ses sœurs se frapper la cuisse à répétition en sautillant d'un pied sur l'autre en apprenant le décès d'un proche n'a pas vécu en Afrique ou aux Antilles...

C'est par ces "petits" signes typisch que la Bible nous fait des clins d’œil tendant à rendre à César ce qui lui appartient (Marc 12:17).

Les pleureuses

Je me souviens également de la disparition de l'éminent écrivain congolais Sony Labou Tansi en 1995. La cérémonie religieuse qui s'est tenue dans une prestigieuse église de la capitale française a eu du mal à se dérouler dans la solennité qui sied à ce genre de circonstances à cause du chœur des... pleureuses qui ont couvert de leurs lamentations presque chaque minute du rituel... au grand dam des Européens qui y assistaient car cette tradition est complètement étrangère aux mœurs des pays "civilisés".

Et pourtant, nous assistons ici derechef à une tradition biblique, orientale, qui persiste de nos jours encore en plein cœur du continent africain. Le clip que je vous invite à voir http://www.youtube.com/watch?v=8-IEMmn4dkw est plus qu'éloquent à cet égard. Il rejoint ce passage de la Bible:

"Ainsi parle l’Eternel des armées: Cherchez, appelez les pleureuses, et qu’elles viennent! Envoyez vers les femmes habiles, et qu’elles viennent!
Qu’elles se hâtent de dire sur nous une complainte! Et que les larmes tombent de nos yeux, que l’eau coule de nos paupières!" (Jérémie 9:17-18).

Le lévirat

Je me souviens enfin d'une proche parente qui, encore jeune, venait de perdre son mari. Moderne jusqu'au bout des ongles, juriste ayant fait de brillantes études en Europe, à son chagrin s'était ajoutée une "sainte" colère lorsque le frère de son défunt mari s'est présenté auprès de la famille pour la réclamer comme "son épouse". Selon la coutume. Et selon une tradition biblique qui stipule, dans l'Ancien et le Nouveau Testament:

"Lorsque des frères demeureront ensemble, et que l’un d’eux mourra sans laisser de fils, la femme du défunt ne se mariera point au dehors avec un étranger, mais son beau-frère ira vers elle, la prendra pour femme, et l’épousera comme beau-frère" (Deutéronome 25:5).

"Le même jour, les sadducéens, qui disent qu’il n’y a point de résurrection, vinrent auprès de Jésus, et lui firent cette question:
Maître, Moïse a dit: Si quelqu’un meurt sans enfants, son frère épousera sa veuve, et suscitera une postérité à son frère" (Matthieu 22:23-24).

Cette coutume biblique dénommée "lévirat" se rencontre encore chez les Bantu. Je considère personnellement qu'elle est "dépassée", anachronique selon les contingences inhérentes à la vie actuelle et ne suis donc pas pour sa perpétuation.

Je ne cite en fait ces quelques exemples que pour VOUS pousser à la réflexion. Au grand dam des puristes, j'ai intitulé l'un des chapitres de mon livre "Jésus l'Africain" en ces termes : "La Bible, un livre africain?"

A la lumière de ce qui précède, sans reparler de la circoncision --tradition bantu-- comme élément majeur de l'identité israélite, je compte jeter une lumière crue, sans condescendance, sur le stolen legacy dont nous sommes les victimes trop souvent résignées et impuissantes.

INGETA !
 
Pasteur Melo Nzeyitu Josias, le 2 avril 2012





Deux Bantu typiques...
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