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ourquoi de jeunes africains fuient leur pays



Par Rocha Nefwani
















Le cas de l’immigration en france de ressortissants de l’Afrique Noire dite francophone. Après des mois de périlleuse errance dans le désert du Sahara, des vagues de jeunes Africains ne cessent d’aller se fracasser contre les remparts toujours plus fortifiés des frontières de l’Europe. Tragédie qui se solde par des morts, de nombreux blessés, des détroussés par la police marocaine et des refoulements
dans le désert.

Pourtant, la plupart de ces reconduits ne cessent de clamer haut et fort que quoiqu’il advienne, même au risque de leurs vies, ils repartiront à l’assaut des frontières meurtrières de cet Eldorado imaginaire, popularisé par les affres de l’enfer des dictatures africaines, créées, organisées et soutenues avec arrogance et mépris par la France spécialement.

« L’Afrique pauvre frappe à la porte de l’Europe », affichent à l’occasion des manchettes de journaux. Mais, l’Afrique Noire est-elle pauvre ou est-elle appauvrie ? Pourquoi la vraie-fausse décolonisation de l’Afrique Noire dite francophone chasse-t-elle de leur pays des pans entiers de la jeunesse africaine ?

L’accès en France des ressortissants de l’Afrique Noire, relève des conventions de libre circulation des personnes, signées entre la France et la plupart des pays d’Afrique Noire. C’est bien le cas de la convention franco-malienne du 8 Mars 1963, comme de la convention franco-sénégalaise du 4 Mars 1964.

La convention franco-sénégalaise du 21 janvier 1964 sur la circulation des personnes [1] , parvient certes à instituer un relatif contrôle des migrations de ressortissants sénégalais vers la France, les départs du Sénégal et les entrées en France de Sénégalais continuant à l’époque d’échapper aux autorités des deux pays, en raison d’infiltrations clandestines. Mais ces entrées étaient plus tributaires des mouvements globaux de diverses catégories et nationalités, que des seuls Sénégalais partant à la recherche d’un emploi en France.

La riposte contre ces entrées clandestines, fut la mise sur pied d’un système garde-fou, basé sur l’obligation pour les travailleurs africains arrivés en France, de produire un contrat de travail souscrit par leur futur employeur et visé par le Ministère du Travail (Art. R-341-3 du Code du Travail).

Cependant, que les autorités françaises aient adopté ce système, comme la remise en cause de leur régime africain d’immigration attira déjà, et à juste raison, l’attention de certains observateurs [2] . Cette analyse était d’autant plus fondée que, sans discontinuer, l’administration française substitua aux conventions franco-africaines de 1960, une série de textes entérinés par des accords bilatéraux d’abord renégociés après coup, puis aggravés par la suite, notamment par les textes du 30 Novembre 1974. Particulièrement en matière d’introduction, de séjour et d’accès à l’emploi en France des travailleurs africains.

Or, il convient de le préciser, d’entrée, la présence officielle des travailleurs africains en France, se présente sous deux caractéristiques marquantes : elle a toujours été liée aux besoins de la France, d’une part, et elle est dégressive d’autre part.

Et ce qui retient particulièrement l’attention dans cette immigration, c’est qu’à l’époque coloniale directe, elle était essentiellement composée de soldats démobilisés en France, après leur participation aux conflits franco-allemands (guerres dites mondiales), alors même que, nombre d’entre eux, statutairement, sont citoyens français. C’est le cas notamment des ressortissants du Sénégal, qui relèvent du Code Civil, promulgué le 5 Novembre 1830. Il dispose en effet qu’il leur suffit de naître libres, pour jouir, dans les colonies, des droits accordés par le Code Civil aux citoyens français ; à ce texte, s’ajoute une instruction du 27 Avril 1848 qui leur reconnaît le droit de suffrage dans la colonie, cependant que le loi du 29 Septembre 1916, stipule que les natifs des communes de plein exercice de Saint-Louis, Dakar, Gorée et Rufisque et leurs descendants, sont et demeurent citoyens français [3] .

Par ailleurs, à l’opposé de ce que l’on observe pour la plupart des autres communautés étrangères d’immigrés en France, qui rentraient dans leur pays d’origine, aussitôt que des changements politiques satisfaisants y survenaient, les Africains ressortissants de l’Afrique Noire dite francophone, sont demeurés en France, après les indépendances de leurs pays. Celles-ci n’ont donc pas attiré, elles ont même provoqué des mouvements inverses : la fuite de la main-d’œuvre, plutôt que son retour ou sa consolidation pour les « reconstructions nationales.

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1)- L’IMMIGRATION AFRICAINE EN FRANCE DANS LA PERIODE COLONIALE

Le premier paradoxe à signaler dans l’immigration ouvrière africaine en France dans la période coloniale directe, c’est le fait qu’à travers les structures de l’économie coloniale, les travailleurs africains, même dans leurs territoires respectifs, devaient déjà être considérés comme immigrés. Car, le travailleur immigré peut être également défini comme un salarié vendant sa force de travail à une entreprise étrangère implantée dans le pays dont il est originaire. Or, d’une part, la totalité des activités économiques coloniales en Afrique Noire dite francophone, étaient françaises, d’autre part, comme aujourd’hui dans l’ancienne « métropole », la main-d’œuvre africaine était essentiellement affectée aux tâches subalternes, tout en demeurant la victime désignée des aléas de la société coloniale, tant sur le plan économique que sur le plan des efforts de guerre. Enfin, tout, au demeurant, permet de penser que, sans les guerres dans lesquelles la France était engagée, les Africains francophones auraient difficilement eu le droit de séjourner en France, leur rôle social étant seulement de participer aux diverses activités économiques dans la colonie d’exploitation dont ils étaient originaires.

a)- L’immigration africaine en France du fait de l’organisation coloniale de l’économie africaine

Dans la pensée économique de la France dont le gouverneur ANTONELLI, par exemple, était l’autorité emblématique dans la colonie, l’infrastructure économique qui servait de base aux activités coloniales françaises, devait se limiter aux seules routes, fleuves et rivières, caractérisant non pas des moyens de circulation, mais autant de voies d’évacuation des produits économiques, et les artères pour les mouvements militaires affectés à la lutte contre les « rebellions [1] » .

Une telle organisation répondait à trois impératifs de l’économie coloniale : l’économie coloniale en tant qu’appendice de l’économie métropolitaine, l’économie coloniale en tant qu’économie dirigiste et l’économie coloniale en tant que système de destruction des facteurs de production et des facteurs humains [2] .

I)- L’économie coloniale, appendice de l’économie de la métropole

Sur le plan de son organisation en tant qu’appendice de l’économie de la métropole, la colonie fonctionnait sur la base d’un principe fondamental : la doctrine du pacte colonial.

Le pacte colonial

Il était la traduction pratique d’une philosophie de la subordination de l’économie de la colonie à celle de la métropole, à travers deux règles principales : l’interdiction pour la colonie de posséder même une simple manufacture, et l’obligation pour elle de faire exclusivement son commerce avec la métropole.

L’interdiction pour la colonie de manufacturer Dans le cadre de cette règle, la manufacture étant perçue comme une ébauche d’industrie, interdiction ou restriction était faite à la colonie de travailler jusqu’à sa propre matière première. Le principe visait ainsi à l’étouffement de la colonie, réduite à ne disposer à aucune période de son assujettissement et même après celle-ci, même d’une ébauche d’industrie.

C’est ainsi que, parlant des Etats-Unis d’Amérique du Nord, alors encore colonies anglaises, Lord CHATAM, dira au Parlement britannique : « Les colonies anglaises du Nord Amérique n’ont aucun droit à manufacturer même un clou ou un fer à cheval [3] » .

Le commerce exclusif

Selon ce principe, les activités commerciales de la colonie restaient du domaine exclusif de la métropole. C’est ainsi que les produits de la colonie étaient également frappés, soit d’interdiction, soit de restriction d’exportation vers des pays autres que la métropole. Le principe se fondait sur un type de légitimisme arguant du fait que, la métropole ayant consenti des investissements importants dans la fondation de la colonie, des compensations lui étaient dûes sur les activités commerciales de celle-ci.

La même restriction ou interdiction, concernait également les articles en provenance de pays tiers vers la colonie. Par ce mécanisme, la métropole réservait à ses négociants, l’exclusivité du marché colonial ; ou, à tout le moins, elle leur y aménageait un statut particulièrement privilégié (système que la France continue d’imposer aujourd’hui en Afrique Noire dite francophone, qui autorise ses mercantis, BOUYGUES et autres BOLLORE, à continuer à y faire allègrement la loi, comme au temps de la colonisation directe, quand ce sontles forces armées françaises qui bombardent les Africains pour les forcer à se laisser extorquer leurs richesses naturelles, comme cela fut le cas en Côte d’Ivoire en 2004).

Le transport des marchandises vers la métropole ou vers la colonie était également ou interdit, ou restreint. Toutefois, à titre de compensation à la colonie, la même interdiction et la même restriction était censée pénaliser l’importation dans la métropole, des mêmes produits et des mêmes matières premières que ceux produits par la colonie.

Dans la philosophie du pacte colonial, la colonie ne pouvait espérer aucun développement ; simple complément économique de la métropole, elle était totalement dominée par les énormes possibilités de cette dernière.

Cette politique économique coloniale tributaire selon les uns des théories mercantilistes, et selon les autres, des impérialismes nationaux, fut pratiquée intensivement pendant des périodes plus ou moins longues, par la quasi-totalité des puissances coloniales : la Grande-Bretagne, l’Espagne, les Pays-Bas et la France, qui reste cependant la seule aujourd’hui à continuer à l’imposer de plus belle à l’Afrique Noire dite francophone.

La France, en effet, abandonna en théorie seulement la pratique du pacte colonial à partir de la Seconde République, et sous le Second Empire surtout. Son traité de commerce du 23 Janvier 1860, fut son premier acte à ouvrir son marché aux produits en provenance de colonies d’autres puissances. Par la suite, une loi du 3 Juillet 1861, « autorisa les colonies françaises à faire commerce », tant en ventes qu’en achats, avec d’autres pays que la France, avec une « liberté égale » à celle de la « métropole ».

La même loi était également censée permettre l’utilisation éventuelle par les colonies, de navires étrangers, même pour les transports des marchandises vers la France.

En pratique, la France continua d’appliquer la doctrine du pacte colonial, de façon moins visible, mais tout aussi rigoureuse. Car, même si ses unions douanières et les taxes fiscales prélevées par elle sur les pavillons, indiquaient une tendance moins contraignante, il restait dans sa politique commerciale, une forte persistance de la doctrine du pacte colonial. D’autant qu’elle n’accepta cette « souplesse » que contrainte et forcée par la reconversion de la doctrine du pacte colonial en règle de la porte ouverte.

La règle de la porte ouverte (l’open door)

La règle commerciale de la porte ouverte ou l’open door, apparut à la fin du XIXème siècle. Elle fut consacrée par l’acte général de la conférence de Berlin du 26 Février 1885. Ses fondements se retrouvaient au confluent de deux préoccupations. D’une part, ils organisaient l’établissement d’une évolution économique favorable au libéralisme dans les rapports commerciaux entre Etats occidentaux, d’autre part, ils codifiaient la réglementation de la concurrence coloniale.

L’idéologue hâtif aurait vu en la doctrine de la porte ouverte, une ruse utilisée par le système capitaliste, pour fuir ses contradictions, afin de retarder son effondrement. Il n’en est rien ; la doctrine de la porte ouverte, est née du désir non pas de supprimer la concurrence coloniale, mais d’en régler les manifestations. Car, l’idée qui en était la base, était la dissociation de la détention de la souveraineté politique sur un territoire déterminé et l’établissement de courants commerciaux, un certain nombre de puissances occidentales, l’Autriche-Hongrie, l’Allemagne et les Etats-Unis d’Amérique étant arrivés tardiement à la table du partage des colonies entre nations occidentales.

La France de 1871 à 1914, dont la politique étrangère était particulièrement dominée d’une part par la question de ses rapports avec l’Allemagne, et d’autre part par une extension de son expansion coloniale, trouva dans la règle de la porte ouverte, un cadre qui lui permit de poursuivre cette expansion sans s’aliéner l’amitié de l’Allemagne. Aucune remise en cause des acquis d’une puissance coloniale occidentale, ne pouvant être envisagée, malgré, et surtout grâce à l’universalisation de la règle de la porte ouverte. Celle-ci s’appliquait à une aire géographique déterminée, sauf à celles qui n’étaient pas encore acquises. C’est ainsi que dûrent coexister dans l’espace, les deux idéologies et les deux politiques, le pacte colonial et la doctrine de la porte ouverte, comme cela fut le cas pour le bassin conventionnel du Congo par l’acte général de la conférence de Berlin, du 26 Février 1885, puis de la Convention de Saint Germain du 10 Septembre 1919.

C’est ainsi que la France fut confortée dans son occupation d’espaces géographiques en Afrique Noire, où elle put continuer en toute quiétude la poursuite de sa politique économique coloniale.

A l’évidence, la doctrine de la porte ouverte n’a pas été une remise en cause du pacte colonial. Elle lui a plutôt servi de cadre propitiatoire tactique, tout en le dotant de formes nouvelles dans le maintien des colonies dans leur subordination économique, pour permettre l’exploitation de leurs richesses au seul profit des « métropoles ».

En effet, en 1957, par exemple, le volume du commerce entre colonies africaines était de 9,5 %, contre 90 % la même année avec les pays occidentaux. En 1956, l’Algérie à elle seule, destinait à la France, 83 % de ses exportations, et recevait de cette dernière, 86 % de ses importations [4] . De fait, la règle de la porte ouverte - la doctrine du pacte colonial par conséquent - a survécu à l’indépendance des anciennes colonies non-occidentales. Selon le professeur Samir AMIN : « Les importations des pays développés d’Occident en provenance du tiers-monde ne représentent guère que 2 à 3 % de leur produit intérieur brut, qui serait de l’ordre de 1 200 milliards de dollars en 1966. Mais ces exportations des pays sous- développés représentent 20 % de leur produit , qui serait de 150 milliards. Le transfert de valeur cachée du fait de l’échange inégal serait donc de l’ordre de 15 % de ce produit, ce qui est loin d’être négligeable en termes relatifs et suffirait à lui seuil à expliquer le blocage de la croissance de la périphérie et l’écart grandissant entre celle-ci et le centre... [5] »

Pour sa part, le journal français Le Monde dans une étude de Novembre 1958, intitulée L’ensemble économique franco-africain, relevait : « Le premier et plus certain des avantages économiques que la métropole retire de l’Outre-Mer est une économie appréciable en devises fortes. Une bonne partie des 540 milliards de marchandises que nous avons achetées l’an passé dans la zone franc auraient en effet été payables en dollars ou en livres sterling si nous avions dû nous les procurer ailleurs : cacao,
 oléagineux, tabac, cuivre, fibres, textiles, bois, phosphates, nickel, plomb, zinc, manganèse... au total quelques 300 ou 400 millions de dollars qu’il nous aurait été particulièrement difficile de débourser ces dernières années, où le déficit extérieur constituait le talon d’Achille de notre économie. Fournisseur, l’Outre-Mer est aussi client. Il a acheté en 1957, pour 655 milliards de produits métropolitains, essentiellement des articles métalliques (76 milliards), des automobiles et des tracteurs (65 milliards), des machines (71 milliards), des tissus (50 milliards), des produits chimiques (62 milliards) et du pétrole (32 milliards). Aux industries qui livrent ces produits, la zone franc assure un volant de sécurité qui les dispense de chercher ailleurs des débouchés plus difficiles à conquérir. En sens inverse , il est vrai, les pays d’Outre-mer vendent à la métropole certains de leurs produits à des cours plus élevés que les cours mondiaux, grâce à des primes diverses et à la protection douanière dont ils bénéficient par rapport aux articles étrangers concurrents. Les consommateurs métropolitains ont de ce fait payé en 1953, 50 milliards de trop. Au total, le solde s’élève cette même année à un vingtaine de milliards au profit de la métropole et au détriment des pays d’Outre-Mer. Les variations des cours s’étant à peu près compensées depuis cinq ans, l’avantage pour la métropole doit toujours être du même ordre (soit un surplus net d’environ 3 % en moyenne). »

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II)- L’économie coloniale, une économie dirigiste

Que ce soit sous l’empire de la doctrine du pacte colonial ou sous celui de la règle de la porte ouverte, les africains dits francophones, ont été placés devant le choix uniforme, ou plus exactement, n’avaient d’autre choix que de subsister en faisant fonctionner une économie dont les fruits étaient destinés à la France. A cette fin, des pressions érigées en institution étaient exercées en permanence sur les Africains, par les sociétés tant publiques que privées. Ces pressions allaient du travail forcé à l’impôt obligatoire.

Ce système a permis aux sociétés françaises, non seulement de jouir d’une main-d’œuvre abondante, mais également de ne souffrir aucune concurrence, tant les aménagements dont elles bénéficiaient dans les colonies, dans le cadre de la porte ouverte, étaient vastes. Assurées à cet effet de leur exclusivisme, elles n’utilisèrent généralement que des techniques rudimentaires d’exploitation, sans coût réel en rapport avec les bénéfices tirés des plantations et des mines. Au surplus, l’économie dirigiste était fondée sur l’expropriation par contrainte, sur l’emploi d’une main-d’œuvre forcée et d’une mécanisation particulièrement faible, en raison du coût élevé des machines fabriquées en France par une main-d’oeuvre mieux rétribuée.

Par ailleurs, le fait de l’accaparement de vastes parties des terres africaines par ces sociétés, et la limitation à la portion congrue de l’espace cultivable attribué aux paysans africains, a crée un déséquilibre entre la quantité de main-d’œuvre disponible et le niveau des salaires payés. Ceux-ci, très bas, avaient pour seul but le maintien et l’entretien d’un vaste réservoir de main-d’œuvre dans un environnement où la permanence de l’offre de cette main-d’œuvre confortait les sociétés françaises dans leur politique des bas salaires : d’autant que cette main-d’œuvre africaine, consentante ou contrainte, n’avait, le système de l’impôt obligatoire aidant, d’autre issue que vendre sa force de travail.

Enfin, le système de recrutement à bas salaires exploitait la mobilité des travailleurs potentiels. Cette mobilité s’effectuait dans deux sens. D’une part, sur un marché de l’emploi dominé par une main- d’œuvre qui, du fait de son manque de qualification, rendait plus remplaçable chacun de ses éléments, d’autre part, sur le plan géographique, par une émigration interne.

La base juridique de ce système, était un contrat de travail dont la durée était variable. Elle était limitée, au Cameroun, par exemple, à deux ans (Décret du 7 Janvier 1944) [1].

III)- L’économie coloniale, une économie destructrice

L’économie coloniale a extrait intensivement et extensivement les produits, sans souci de remplacement des facteurs de production. Que ce soit les matières premières minérales ou les produits forestiers et agriculturaux. Le rush des années 1920, livré par les sociétés françaises sur la faune et la flore africaines a conduit à la disparition de nombreuses espèces et à la menace de bien d’autres, comme les éléphants massacrés par centaines de millions pour leur ivoire. Mais, il a conduit aussi à la destruction de certaines plantes à caoutchouc, comme le funtumia élastica, alors abondant dans les forêts africaines, les landolphiées, lianes abondantes le long des cours d’eau, fournissant toute une gamme de gommes, et, enfin, les rhizomes des savanes, fournissant les caoutchoucs d’herbes.

Les conséquences de ces exploitations forestières et agriculturales, sont la persistance aujourd’hui, dans certaines régions d’Afrique Noire, d’une désertification spectrale et de l’appauvrissement de la terre. Autant de fléaux qui obligent les paysans de ces régions à l’exode vers les centres urbains, avant de prendre le chemin de l’exil vers la France en particulier, exil qualifié aujourd’hui « d’immigration clandestine ».

Mais l’économie coloniale n’a pas détruit que l’environnement et les ressources naturelles. Elle a détruit les hommes et la cellule familiale. Du fait de son exploitation sans répit de la main-d’œuvre locale ne bénéficiant d’aucun entretien matériel et sanitaire, l’économie coloniale a généralisé la misère physiologique, la maladie, l’accroissement de la mortalité et de la dépopulation, tant du fait de la mortalité que des guerres en France. Enfin, à cause des efforts obligatoires auxquels les Africains étaient soumis par la pratique des razzias pour ces guerres, et de la contrainte des populations paysannes et ouvrières à la mobilité, l’économie coloniale a conduit non seulement à l’éclatement de la cellule familiale, elle a également empêché des unions nécessaires à la reproduction démographique.

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IV)- L’IMMIGRATION AFRICAINE SOUS LES DICTATURES FRANCOPHONES

Le phénomène de l’immigration africaine après la vraie-fausse décolonisation par la France dans les années 60, découle structurellement de deux calamités majeures : la sinistrose économique néocoloniale et le terrorisme politique générée et entretenu par les dictatures néocoloniales des partis uniques.

a)- L’immigration africaine consécutive à la situation économique de l’Afrique Noire dite francophone

Les difficultés économiques premières que rencontrent les pays africains du Sud Sahara, viennent en partie du fait qu’ils ont hérité de l’époque coloniale, la juxtaposition de deux secteurs économiques. Un secteur économique traditionnel atrophié par la spécialisation culturale coloniale, et un secteur dit industriel embryonnaire, monétarisé, dont les évolutions s’harmonisent mal. Cette réalité donne à l’agriculture africaine un visage de stérilité absolue. Car, les cultures vivrières qui doivent intervenir dans l’alimentation des populations sont sacrifiées au bénéfice de cultures d’exportation, au nom de l’impératif du développement qui, pour les prébendiers locaux, nécessite l’achat d’équipements aux pays occidentaux. Or, dans la réalité, ces cultures d’exportation qui, comme au temps du colonialisme direct, sont toujours prédominantes, subissent sur le marché international, les contrecoups de la fluctuation des cours internationaux fixés unilatéralement par les pays industriels occidentaux par une truanderie savamment qualifiée de « dégradation des termes de l’échange ».

La politique coloniale d’enclavement économique de l’Afrique Noire n’a donc consisté qu’à installer quelques rudiments d’entreprises spécialisées dans les exploitations agricoles ou minières, exclusivement destinées à l’exportation vers les « métropoles ».

Mais les Etats nouveaux d’Afrique, stérilisés par l’incapacité de leurs dirigeants (du reste illégitimes pour la plupart) à élaborer toute autre voie économique que celle tracée par les spécialistes occidentaux, ne connaissent malgré les indépendances d’autre réalité économique que celle qui n’a aucune répercussion bénéfique pour leurs habitants. Comme le souligne Seydou MADANI SY, : « La production est insuffisante dans l’industrie à cause du nombre restreint des entreprises installées avant et après l’indépendance. Ces industries qui fonctionnent sont soit des industries de transformation de produits agricoles, soit des industries extractives » [1] .

Organisées à l’évidence en prolongement des économies des « métropoles » et en structures de prédilection des sociétés multinationales occidentales, les économies des Etats africains, francophones notamment, ne sont, comme nous venons de le voir, que de simples appendices fonctionnant au rythme du système mercantiliste : division du travail, spécialisation monoculturale agricole et d’extraction de produits miniers, écoulement de ces produits à travers le réseau uniforme des sociétés multinationales, selon les lois du pacte colonial [2] .

En outre, aux termes de cette philosophie fondamentale du blocage du développement autonome de l’Afrique Noire dite francophone en particulier, restriction et interdiction sont faites par la France à ses « anciennes colonies », non seulement de transformer leurs matières premières, mais également d’utiliser d’autres moyens pour leur évacuation, que les services maritimes ou aériens de la « métropole » ; ce qui, de fait, installe un goulot d’étranglement qui empêche l’Afrique Noire dite francophone de s’atteler aux tâches de son développement.

Il s’en faut de beaucoup, les activités des multinationales en Afrique Noire ne sont ni un fait du hasard, ni une nécessité pour les économies africaines. Elles résultent de l’essence intrinsèque des fausses indépendances des années 60, et de la nocivité des dirigeants africains qui ont érigé le non-emploi en programme politique à l’aune de leur mandat d’escrocs, c’est-à-dire à vie. Aussi, s’acoquinent- ils dans cet objectif, avec les multinationales dévastatrices dont les activités criminogènes ne sont plus à démontrer. En effet, ces multinationales qui ne participent pas au développement de l’Afrique Noire, entretiennent par contre une collusion très marquée avec les pouvoirs politiques en France et en Afrique Noire, pour les besoins d’un type de développement au profit de la France, et dont les retombées en Afrique ne profitent qu’à la minorité parasitaire pompeusement baptisée pouvoirs publics. C’est donc à dessein que les dictatures africaines encouragent l’installation de ces sociétés tentaculaires qui spolient l’Afrique Noire francophone en particulier, et contribuent à son maintien dans un état de sous-développement endémique. En contrepartie, ces sociétés qui sont de véritables Etats dans les Etats occidentaux, assurent à ces groupes politico-affairistes africains, le concours nécessaire à leur maintien au pouvoir, par des procédés néocolonialistes, qualifiés de stabilité et de continuité.

Comme l’écrit le père Jean-Marc ELA : « Seulement, si le développement signifie ici l’enrichissement d’une minorité au dépens de la masse, on voit à qui doit profiter la sécurité qu’on recherche sur toute l’étendue du territoire. En fait, tout vise à mettre à l’abri des sursauts nationalistes les capitaux étrangers qui bénéficient d’un accueil d’autant plus favorable que les cadres dirigeants comptent sur eux pour la prospérité de leurs affaires personnelles » [3] .

Il en résulte que, après des décennies d’indépendance, les prétendus Etats d’Afrique Noire,noyés sous la terreur de dictatures moyenâgeuse pour qui la création d’emplois est une chimère ou une vue de l’esprit, s’en remettent toujours à la France, leur éternel suzerain, dont les multinationales et les mercantis à l’idéologie négrophobe, continuent allègrement les activités françaises de l’époque du colonialisme direct. Ces prétendus Etats d’Afrique Noire, continuent donc de fonctionner avec des économies dominées toujours par leurs « anciennes métropoles » : que ce soit en matière monétaire comme la zone franc, pour l’Afrique Noire dite francophone ou en matière de reconstruction de leurs économies nationales, jadis détruites par les razzias négrières et leur mutation coloniale.

Pourtant, l’Afrique Noire francophone aurait pu juguler le sous-développement, comme l’expérience tentée en Tanzanie, du temps du président Julius NYERERE, le prouve aisément.

En Tanzanie, en effet, les principaux moyens de production furent nationalisés. Dans le cadre d’une mise sur pied d’une économie nationale, le Code Tanzanien des Investissements décida des secteurs destinés à la propriété publique, ceux de l’économie mixte et ceux qui pouvaient revenir aux intérêts privés.

En outre, même si la Tanzanie devait recourir à l’aide étrangère, celle-ci n’était sollicitée que si elle s’intégrait aux efforts nationaux, et qu’elle n’était entachée d’aucune condition politique. En définitive, chaque aide sollicitée par la Tanzanie, devait d’abord et essentiellement répondre aux besoins des populations tanzaniennes, et non pas s’imposer à elles, comme cela est de tradition de la part des pays occidentaux. De même, la production tanzanienne avait-elle pour premier objectif, de satisfaire d’abord la consommation intérieure qui prenait ainsi le pas sur l’exportation.

La Tanzanie est ainsi parvenue à disposer de la maîtrise de son économie : usines textiles, raffineries de sucre et de pétrole, fabriques d’instruments aratoires, cimenteries, ateliers métalliques et usines de laminage [4] . Dans le même temps, on constatait l’augmentation quantitative et qualitative constante de la production industrielle qui, de 25 % en 1961, avait atteint 67 % en 1974, en taux d’autosuffisance en produits industriels. Par ailleurs, la bataille qui oppose en permanence les villes aux campagnes dans le tiers-monde notamment, a été circonscrite en Tanzanie, dans le problème de la bataille entre la campagne tanzanienne et son centre urbain. Entre le développement industriel anarchique, exogène et le paysannat, la Tanzanie évita également l’erreur qui consiste à croire que l’industrie est la base sine qua non du développement.

Dans le cadre de la maîtrise de l’économie de la Tanzanie, le chef de l’Etat, d’alors, le président Julius NYERERE, en personne, les membres du gouvernement et du Parti, participaient régulièrement et concrètement aux côtés des paysans, aux travaux des champs et à la construction de nouveaux villages.

Les responsables tanzaniens pouvaient ainsi estimer à juste raison dans la Déclaration d’Arusha, que :

Le développement d’un pays se fait par les hommes, non par l’argent. L’argent et la richesse qu’il représente, sont le résultat et non le point de départ du développement ».

Cette analyse n’en est que plus judicieuse, quand on sait qu’en son temps, le développement de l’Europe du XVIIIème siècle, ne fut possible que grâce au monde agricole qui, en approvisionnant les centres urbains en quantités croissantes de denrées alimentaires, put créer les conditions heureuses entre l’industrie naissante et le secteur agricole.

A partir de ces faits historiques, « on peut affirmer que, par son explosion, l’essor de l’agriculture a été le support appréciable de l’expansion de l’industrie, grâce à son impulsion sur la croissance urbaine » [5] .

Seule en effet, une politique économique au service des populations africaines, et non à la traîne des intérêts étrangers suivant les méthodes et les mécanismes coloniaux, peut permettre, à plus ou moins long terme, la décélération des séquelles de l’économie coloniale, qui sont le substrat du sous- développement de l’Afrique Noire.

En Afrique Noire francophone où la dictature a substitué la priorité du parti unique, à la bataille nationale pour vaincre le sous-développement, celui-ci, transformé en baillon national, constitue une des principales causes de l’aggravation du sous-développement et de l’exode des populations vers les pays étrangers ; vers la France notamment.

b)- L’immigration africaine consécutive à la situation politique dans les dictatures africaines francophones

La confiscation du patrimoine économique africain par une minorité, puis la thésaurisation de ce patrimoine improductif à l’étranger, ne contribuent pas seulement au développement du sous- développement en Afrique Noire. Elles constituent d’autre part, par leur impossibilité à participer à la dynamisation des activités économiques, un des principaux facteurs de migration. Enfin, les tares du parti unique qui sont de loin les plus décisives dans l’opération d’expulsion des Africains de leur propre pays, ont créé un climat de terreur, encouragé et protégé par la France principalement, dans le cadre de son idéologie négrophobe de vassalisation de l’Afrique Noire.

En effet, les organes politiques, juridiques, culturels et économiques mis en place dès le lendemain de la fausse indépendance de l’Afrique Noire dite francophone, attestent de cette disposition de maintien de la vassalité des dictateurs africains soi-disant francophones : signature avec la France de conventions militaires avec assistance et encadrement de milices de la mort locales par d’anciens officiers français de l’armée coloniale et par des agents des services secrets français [6] , création de partis uniques présidentiels, terroristes et négrocides, proclamation démagogique des doubles de la Constitution de la Vème République française, non suivie de son application politique sur les territoires africains.

Les mouroirs d’Afrique Noire francophone se retrouvent ainsi avec des constitutions républicaines étouffées par des partis totalitaires omnipotents, appuyés sur des escadrons de la mort, affectés, non pas à la défense du territoire, mais au service personnel de dictateurs-Etats.

Dans une étude consacrée au phénomène du parti unique africain, Ahmed MAHIOU écrit : « C’est son utilisation comme moyen d’élimination des partis adverses d’une part, et lorsque le parti est établi, comme renforcement de ce même parti d’autre part.... » [7]

Pour sa part, traitant plus particulièrement du parti présidentiel camerounais, Jacques LANTIER note que : « Les objets de coercition ne sont pas seulement l’armée, la gendarmerie ou la police, c’est avant tout le parti (...) la répression qu’il exerce sur une administration qui lui est toute dévouée, la surveillance dont il se charge à tous les niveaux de la société, en font l’appareil le plus efficace du gouvernement » [8]

Fort de cette protection dont bénéficie toujours à ce jour son parti unique, à travers l’insignifiant Paul BIYA, qui n’en a changé que l’appellation, tout en gardant son idéologie, AHIDJO du Cameroun déclarait en son temps : « Le rôle du parti dans la construction nationale doit être primordial, il doit encadrer les populations saines [9] , les éduquer, les mobiliser ».

Dans un tel climat d’insécurités diverses sur leur présent et leur avenir, des masses de femmes, d’hommes et d’enfants, pressées par l’incurie matérielle et physique, n’aspirent plus qu’à l’exil. Les prétendus Etats africains francophones, pour ne citer qu’eux, ont ainsi bannis de leur pays, d’immenses sommes d’énergies humaines qui, lorsqu’elles ne laissent pas jusqu’à leurs vies dans l’immigration clandestine pour échapper à l’enfer dont les dictatures néocoloniales africaines ont fait de l’Afrique Noire, vont chercher refuge dans les pays occidentaux dont la France notamment, où elles sont employées à bon marché aux tâches les moins gratifiantes, au gré de réglementations mouvantes, suivant les impératifs de la situation économique du pays occidental, dit d’accueil.

Ce drame des migrations clandestines des Africains vers l’Europe, qui n’est en soi qu’une facette de la tragédie vécue par le peuple Noir depuis des siècles, jette cependant une lumière édifiante de vérité sur la falsification occidentale du mode opératoire du système des razzias négrières transatlantiques. En effet, pendant ce génocide qui dura quatre siècles, les captifs africains emmenés en déportation, choisissaient généralement la mort, même s’ils devaient être dévorés par des requins, plutôt que de se voir déporter hors de leur terre.

C’est ce que SAVARY, conseiller de négriers de son état, reconnaît lui-même dans le « Parfait Négociant », manuel à l’usage de négriers : « Il faut remarquer que dès le moment que l’on fait la traite des nègres et qu’ils sont embarqués dans les vaisseaux, il faut mettre les voiles au vent. La raison en est que les esclaves ont un si grand amour pour leur patrie qu’ils se désespèrent de voir qu’ils la quittent pour jamais, ce qui fait qu’il en meurt beaucoup de douleur et j’ai ouï dire à des négociants qui font ce commerce de nègres qu’il en meurt plus avant que de partir du port que pendant le voyage...(II, P.229)».

« Les révoltes étaient fréquentes avant le départ, car les esclaves pouvaient encore espérer se sauver à la nage, malgré les requins. Les négriers, pour parer à cet inconvénient, prolongeaient en hauteur le bastingage avec des treillages et des filets ... »

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Or, aujourd’hui, les descendants africains de ces captifs, dont les Occidentaux assurent qu’ils vivent dans la douceur de la « démocratie » tropicale, au label occidental, préfèrent plutôt la mort, à ce « paradis » ; même par la noyade, quand ce n’est pas par les armes de la police marocaine ou par celles des garde- frontière européens.

                                                                 Source: royaumedokongo.blogspot.ch