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Fétiche religion d’Afrique, Fétiche dieu d’ancêtres africains ?

Par Makisosila Mawete

Nous abordons ici une des problématiques les plus controversées de l’évangélisation des Africains et de la diabolisation de leurs ancêtres et leur culture, celle des Binzambi nzambi (petits dieux, dieux sans importance et petites églises sans valeur, qui ne valent pas le diable) et nzambe ya bikeko, les images taillées ou idoles, qui sont interdites par Dieu dans le premier commandement de la Loi de Moïse dans la bible (Exode 20). D’ailleurs, si comme la situation correspond prétendument à la théorie selon laquelle le christianisme n’est pas d’essence africaine, pourquoi cette loi concernerait-elle tant les Africains ? Qui la respecte encore individuellement et socialement ? Le monde est rempli d’images taillées ou gravées. Ce sont ces images taillées ou gravées qui façonnent les sociétés modernes. La convoitise et la cupidité engendrées par les objets et les idées gravés sont à l’origine de tous les conflits familiaux, nationaux et internationaux (Mawete Makisosila, Anthropologie des Dix commandements, Pyramide Papyrus Presse, Paris, 2015). Au pire des cas, pourquoi les missionnaires ont-ils collectionné les arts africains et les ont emporté chez eux, y compris au Vatican ? Pourquoi existe-t-il des statuts en Occident et ailleurs dans le monde ? Pourquoi il existe des académies des beaux arts et des musées dans le monde judéo-chrétien ? Les Noirs lisent jours et nuits la bible ou le coran plus que les peuples des pays où les trois monothéistes semblent être nés, ils visitent et vivent aussi parfois toute leur existence dans ces contrées où ils passent devant les monuments, les admirent, se laissent impressionner, etc. Ils ne leur vient pas à l’esprit de se demander si une présence aussi répandue des représentations taillées, y compris les billets de banque et des pièces de monnaie gravées n’est pas en contradiction avec la bible et le coran ? Des centaines des milliers d’Africains, chrétiens ou musulmans, peu importe, risquent leurs vies pour aller chercher les images taillées qui leur assureraient le bonheur sur terre. Pourtant, dans les églises, on leur enseigne que les biens de ce monde n’ont pas d’importance. Les chrétiens africains immigrés ne sont même pas conscients que les biens de ce monde sont indispensables pour préparer leur vie éternelle. C’est dans cet état psychologique, -nous pouvons sans aucune crainte dire psychiatrique-, que coule la pénible vie d’Africains, obstinés par la fatalité de la vie éternelle. La crainte du sacré fait naturellement partie de la mentalité africaine, qui ignore ce que c’est le profane. C’est pour cela que les Africains sont corruptibles au nom de Dieu et de ses envoyés. Ils ne se demandent pas pourquoi tout le monde veut les évangéliser et les convertir.

Le terme fétiche désigne dans la pensée occidentale actuelle la religion d’Afrique. Léopold Sédar Senghor (1906-2001), poète et académicien français d’origine a légué à la postérité un poème d’une grande beauté, intitulé « Ce soir sur la rivière », dans lequel il affirme : « O fétiche dieu d’ancêtres », chanté par le regretté Tabu Ley dit Rochereau (1940 - 2013).


Il est très intéressant de constater comment le Centre National de Ressources Textuelles Et Lexicales (CNRTL) français définit le terme fétiche.

FÉTICHE, subst. masc.


A.− Objet, naturel ou façonné, considéré comme le support ou l'incarnation de puissances supra-humaines et, en tant que tel, doué de pouvoirs magiques dans certaines religions primitives. Culte des fétiches; fétiches nègres. Les gambades des sauvages autour de leur fétiche (Stendhal, Corresp.,t. 2, 1800-42, p. 427). La sculpture caduveo (...) se limite (...) à des fétiches et des représentations de dieux toujours de petites dimensions (Lévi-Strauss, Anthropol. struct.,1958, p. 281).


− Emploi adj. ou en appos. Dieu, idole fétiche. On invoque le serpent fétiche dans les pluies abondantes et dans les sécheresses extrêmes, pour obtenir de riches récoltes et pour faire cesser les maladies des bestiaux (Dupuis, Orig. cultes,1796, p. 438)


Des symboles ancestraux transformés en dieux et diabolisés à volonté, tuant toute inspiration spirituelle (en rapport avec l’esprit), sociale (en rapport avec l’âme) et philosophique (en rapport avec la conscience). C’est à la suite de l’observation des mauvaises conséquences sur la société africaine de la transformation du triptyque (esprit, âme et conscience) que le philosophe Martien Towa a parlé de « génocide culturel ».


Les élites occidentales sont conscientes que c’est la prise en considération de la création artistique qui a permis à la théologie chrétienne de prospérer depuis la renaissance, au XVIè siècle. Il faut visiter les merveilleuses collections des basiliques du Vatican et à travers l’Europe pour prendre conscience de l’apport des arts, et notamment de la sculpture et de la peinture dans l’entretien de la ferveur religieuse chrétienne. Or, ce qui se passe est que les élites européennes ont compris que l’usurpation des sculptures africaines contribuerait au déclin durable de l’Afrique. Cela s’est confirmé à travers le désordre spirituel et social que subi encore l’Afrique, plus de cinquante ans après les indépendances africaines.


Les missionnaires ont fabriqué de toute pièce un délit religieux de détention des oeuvres d’arts africains par les africains eux-mêmes. Ces oeuvres étaient logiquement placées dans différents espaces à proximité des villages et lieux sacrés et forêts attestant ainsi l’origine africaine de la notion d’éco-musées. Tous les moyens disponibles, y compris les contraintes physiques et juridiques ont été employés pour obliger les Africains à déposer leurs créations artistiques chez les missionnaires. Ceux-ci ont brûlé celles dont ils ne considéraient pas comme le plus représentatifs de la mentalité locale devant les africains.


Le pillage des arts africains n’a été possible qu’en brandissant cette fameuse loi de Moïse et les conséquences des péchés de ceux qui cacheraient leurs statuts au lieu de les confier aux missionnaires que Dieu a chargé de les brûler afin de sauver les âmes africaines de Satan et de l’enfer. Comment se fait-il que les Africains qui ignoraient Satan le Diable l’ont-ils découvert et le craignent, ont horreur de lui plus que les missionnaires ? Il est important de rappeler que le terme grec diabolos, qui donne diable en français, signifie « celui qui divise ». L’affrontement entre Jésus-Christ et le Diable, qui a commencé après son baptême dans le Jourdain par son cousin Jean Baptiste, a pris une ampleur incommensurable dans la psychologie religieuse des Africains. Lorsqu’ils ne se consacrent pas à adorer Jésus-Christ, ils passent leur temps à menacer et insulter le diable. Ils s’accusent d’avoir commis des péchés à Jésus-Christ et accusent Satan de les avoir éloignés de leur maître, sauveur et seigneur.


En 1987, je me souviens avoir désobéi pour la première fois à mon père, en le quittant pour aller m’isoler dans ma chambre, alors qu’il me racontait les prodiges qu’ils avaient accompli en matière d’évangélisation en brûlant les statuts qui ont échappé à l’attention des missionnaires européens. Le lendemain, j’ai pris soin d’expliquer pendant des longues heures qu’en procédant ainsi, lui et ses amis avaient commis un génocide culturel, un vrai crime contre notre peuple, alors qu’ils avaient par tous les moyens combattus le colonialisme. Je lui ai expliqué que Dieu n’avait rien à voir avec les arts africains, que la préservation des arts africains était vitale pour la ferveur spirituelle africaine, que le péché n’’était pas une affaire africaine mais un attrape-nigaud. Nous y reviendrons lorsque nous débattrons sur le péché, sumu (soumou) en kikongo, lisumu (lisoumou) en lingala.

Penser son destin dans une langue maternelle étrangère dont on ignore les subtilités sémantiques, c’est se mettre en danger.


Depuis quand et pourquoi un mot étranger à la culture africaine a pris plus d’importance pour représenter la spiritualité et les ancêtres africains ? C’est la question qu’il faut se poser pour savoir et comprendre pourquoi c’est important que les Africains combattent leur propre culture. Nous verrons plus loin, lorsque nous aborderons la problématique du péché des ancêtres africains, comment nous avons été trompés et nous le sommes encore plus aujourd’hui. Évidemment, à partir du moment où un troupe social est linguistiquement corrompu, il est plus facile de le corrompre dans tous les autres domaines. C’est ainsi que les colonisés du monde entier ont perdu leurs langues maternelles substituées par celles de leurs colons. Ils ont ainsi pu effacer toutes leurs représentations du monde, en tout cas leurs représentations du monde les plus symboliques. Celles-ci concernent notamment leur rapport à Dieu, à l’homme, à la cosmogonie ou la genèse, à la richesse, à l’enrichissement ou à la prospérité, leur contribution à l’histoire de l’humanité, etc. éducation, science et culture sur lesquelles repose le progrès technique. Ainsi, on peut expliquer pourquoi les colonisés ont considérablement acquis un retard difficile à rattraper en matière des sciences et des techniques. À l’heure où l’épidemie d’Ebola ravage l’Afrique, après celle du sida, qui a menacé l’humanité noire pendant deux décennies, notamment entre les années 1980 et 2000, qu’on se souvienne aussi des brusques résistances médicamenteuses observées dans les traitements des grandes pandémies telle que le paludisme, pour ne citer que la pathologie la plus mortelle. Dans tous ces cas mettent en évidence un manque des savoirs, des compétences, d’organisation et des ressources thérapeutiques endogènes. Ce qui conduit à se demander comment ces peuples ont-ils survécu à des épidémies et des pandémies survenues pendant des millénaires avant l’arrivée des Occidentaux ?


La plus grande menace sur l’humanité noire en cette époque de crise éthique mondiale est la corruption linguistique, spirituelle et culturelle qui frappe les africains, et notamment leurs élites les plus représentatifs. Nombreuses sont les élites africaines qui ne les sont plus que par leur apparence physique car elles ont perdu leurs esprits, leurs âme et leur conscience en perdant leurs langues maternelles, leurs spiritualisés et leurs cultures. Pour ceux-là, l’Afrique ne leur servent que d’ancrage géographique et économique. Pas plus. On peut à travers cette observation comprendre pourquoi l’économique prédomine sur le social et le culturel.

La corruption linguistique, spirituelle et culturelle : ou l’invention par les missionnaires de binzambi nzambi et de nzambe ya bikeko dans la mentalité africaine.


Les missionnaires ont introduit, en traduisant d’ailleurs vicieusement certains termes codifiés dans l’anthropologie africaine, une mauvaise représentation de la spiritualité africaine dans la conscience culturelle et historique des Africains. Se fondant sur le fait que ceux qui viennent ou parlent au nom de Dieu, Nzambi a mpungu, la puissance qui dépasse toutes les puissances, les Africains ont naïvement fait confiance aux missionnaires. Ceux qui n’ont pas compris les enjeux de la conversion réclamée avec insistance par les missionnaires au nom de Jésus-Christ, tel que le Roi kongo Nzinga Mvemba dit Afonso Ier, se sont convertis, créant en conséquence une désorganisation durable de la société kongo et le déclin à jamais du rayonnant royaume de Kongo.


Ceux qui ont compris que la conversion sans conscience était dangereuse, telle que la prophétesse Kimpa Vita, ont résisté. Pour comprendre que ce n’est pas au nom de Jésus-Christ mais ceux du roi du Portugal et du Pape que travaillaient les missionnaires, Kimpa Vita finie à la suite d’une Inquisition, brûlée sur un bûcher, le 2 juillet 1776.


Il n’y a qu’un Seul Dieu en Afrique


La première escroquerie spirituelle a été de créer le polythéisme africain bien qu’inconnu dans la mentalité africaine. Bien que l’Europe catholique et missionnaire compte de nombreux cultes des saints, aucun Européen ne l’a jamais qualifiée de polythéiste. Mais, en ce qui concerne l’Afrique, chaque sculpture a été isolement qualifiée de dieu. Ce panthéon artificiel inventé par les missionnaires est constitué de nombreux dieux inconnus des Africains eux-mêmes. Ce qui a donné lieu, pendant les croisades d’évangélisation musclées, instaurant une hiérarchie entre le monothéisme dont le Dieu (Nzambi, Nzambe) est attesté par une grande église d’une part, et le polythéisme dont la multitude de dieux ou divinités (binzambi nzambi) est attestée par des petites églises ou "églisettes ".


Par un miracle du saint esprit, pour ainsi le dire, le monothéisme endémique africain a été transformé en polythéisme. Le mensonge a toujours été le sortilège des missionnaires. La promesse de la vie éternelle contre l’abandon des ressources naturelles et culturelles africaines est aussi un vieux sortilège. Comme l’atteste les Recommandations de Léopold II roi des Belges aux missionnaires en partance pour le Congo, ceux-ci ont demandé aux Africains de se convertir au monothéisme comme si c’était une découverte pour eux. Les Africains ignorent l’existence du polythéisme jusqu’à ce jour, en tant que philosophie et en pratique. Mais, à force de les évangéliser par force, certains sont convaincu de polythéisme.


La diabolisation des cultes des ancêtres est remise en question.


L’existence des cultes des ancêtres, des sculptures dans la proximité des villages et des forêts sacrés et des rites et rituels est attestée comme une preuve irréfutable de polythéisme, de péché et de présence de Satan dans l’âme des Africains. C’est bel et bien une imposture. Mais, malheureusement, cette théologique politique continue à régir la mentalité d’un bon nombre d’Africains. Ne plus croire en la valeur sacrée des liens avec les ancêtres et leur culture est un fait africain. Toutes les églises importées en Afrique, et notamment les églises dites de réveil, s’acharnent à faire rompre aux Africains, la totalité de leurs liens avec leurs ancêtres et leur culture. C’est tout simplement inimaginable de proposer et d’imposer une telle bêtise à d’autres peuples ailleurs dans le monde. Nous écrivons ce bref article en pleines célébrations des fêtes de fin et début d’année. Nous constatons que les Asiatiques en général et les Chinois en particulier surveillent ou interdisent à leurs peuples de fêter Noël, sous prétexte que c’est une fête trop « occidentale ». Ce n’est pas le cas pour les Africains pour qui, les problèmes de foi ne sont pas des problèmes politiques. Les Africains s’opposent à tout mélange des genres susceptible de pervertir le rapport au sacré. Cela est encore plus évident au moment où on les a aussi imposé la notion de profane.


Nzambi en kikongo, Nzambe en lingala est le concept générique employé dans les langues maternelles bantoues pour désigner Dieu.


Dieu est Dieu, unique, puissance tutélaire suprême, ancêtre des ancêtres. Il n’y a pas de dieu ni des petits dieux dans la mentalité africaine. Mais la corruption linguistique, spirituelle et culturelle a permis de produire des termes comme binzambi nzambi, petits dieux ou nzambe ya bikeko, dieux d’images taillées. Nous avons demandé à une diacre qui nous parlait des binzambi nzambi et de nzambe y'a bikeko, de nous dire quel est le nom du dieu d’images taillées de ton village, de ta province et de ton pays ? Dix ans après, nous n’avons pas encore reçu de réponse. C’est si simple à comprendre : les Nzambe y'a bikeko sont imaginaires. Par contre, les collections d’arts africains pillés n’ont pas encore causées des malheurs à ceux qui les ont usurpées. Leurs pays ne sont pas maudits: ils sont puissants et prospères. Nous Africains, nous les envions, il faut l’admettre. Pourquoi les mêmes situations n’ont-elles pas produits les mêmes conséquences ?


Il y a 2500 ans avant Jésus-Christ, en Égypte pharaonique, Ptah Hotep, le premier prophète de l’humanité, enseignait que : « Vous ne serez jugés que par rapport à ce qui vous a été enseigné ». Il faut donc remettre en question la manière dont nous avons été évangélisés, pour ne plus confondre ce qui appartient au Vatican et à son christianisme et ce qui appartient effectivement à Dieu.


Le polythéisme africain n’existe pas. Les petits dieux africains n’existent que dans l’imagination des missionnaires. Cela doit être le message fondamental de toute église de réveil car le contraire la transformerait en église de sommeil. La foi ne vient pas seulement de ce qu’on entend, elle vient et est affermie par ce qu’on vit. Une foi est fondée et attestée par des oeuvres qui instituent la Maât, cette quête absolue de l’harmonie par l’exercice de l’amour du prochain, de la solidarité, de la vérité et de la justice.


Le mensonge n’est pas d’essence divin car il est écrit que « Tu ne diras pas des faux témoignages contre ton prochain » selon la Loi de Moïse. Il en est de même en ce qui concerne la convoitise. Il est écrit que « Tu ne convoiteras pas le bien de ton prochain ». L’usurpation des arts africains et la destruction de la spiritualité africaine au nom de Dieu est la manifestation d’une convoitise. Détruire la culture d’autrui par la manipulation et le mensonge est un péché. Les binzambi nzambi ne sont pas africains car il désigne une guerre des doctrines entre chrétiens. Les nzambe y'a bikeko n’existent pas en Afrique. Ils sont imaginaires.


Dieu existe, Jésus-Christ aussi.


Le débat suscité par la corruption linguistique, spirituelle et culturelle ne remet pas en question la foi des Africains en Dieu et en son Fils Jésus-Christ. Sans doute, il n’est pas missionnaire de Dieu et de Jésus-Christ, celui qui ment, stigmatise, discrimine et tue en leurs noms.


Les missionnaires ont porté préjudice à l’oeuvre du Christ en détruisant les créations divines que représentent les langues, la spiritualité et la culture africaine par convoitise, par cupidité et par instinct de domination.

Fétiche religion d’Afrique, Fétiche dieu d’ancêtres africains ?
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